Cuvée 2017

Remontant une longue rue du Caire cet hiver, l'Ingénieur Liberté, saint patron de notre grand concours, s'est souvenu de la voix d'une femme qui avait marqué sa jeunesse. Cette femme s'appelait Oum. 
Oum Kalsoum.

Elle chantait des airs parlant d'amour, de vin et de poésie. Il y en a un en particulier, hédoniste et mystique, vieux de mille ans, qui avait retenu son attention de garnement : c'était l'oeuvre de l'astronome persan Omar Khayyam.

Pas mal se sont frottés à ces Quatrains, ici et là, jadis et naguère. Ahmed Rami, notamment, en a tiré un poème arabe dont Oum Kalsoum a fait une chanson de légende. Ces strophes ont ainsi parcouru les siècles et les langues, et ne sont pas près de s'arrêter : le 11 juin, l'Ingénieur Liberté a offert d'exquis nectars à ceux qui les auront traduites avec brio, audace ou musicalité.

Le texte de la cuvée 2017

Roubayat el Khayyam

Ahmed Rami


رباعيات الخيام


سمعتُ صوتا هاتفا في السحر
نادى من الغيب غُفاةَ البشر
هُبّوا املأوا كأس المنى قبل أن
تملأ كأسَ العمر كفُّ القدر

لا تشغل البال بماضي الزمان
ولا بآتي العيش قبل الأوان
واغنمْ من الحاضر لذاتِه
فليس في طبع الليالي الأمان

غدٌ بظَهْر الغيب واليوم لي
وكم يخيب الظن في المقبِلِ
ولستُ بالغافل حتى أرى
جمال دنياي ولا أجتلى

القلبُ قد أضناه عشقُ الجمال
والصدر قد ضاق بما لا يقال
ياربّ هل يُرضيك هذا الظما
والماء ينساب أمامي زُلال

أَوْلى بهذا القلب أن يخفق
وفي ضِرام الحب أن يُحرَق
ما أضيَع اليوم الذى مرّ بي
من غير أن أهوى وأن أعشق


Traduit du persan par Ahmed Mohammed Rami et chanté par Oum Kalsoum


Palmarès 2017

Grand Prix

Les quatrains d’Omar Al-Khayam

Une voix profonde me désigna pour cible,
Et livra ce message depuis l’invisible :
Oh, humains, savourez de la vie ses plaisirs
Avant que le Destin fatal ne les retire !

Cesse de remuer tes vieilles blessures,
Ne te risque jamais à prévoir ton futur,
Profite simplement des minutes présentes,
La Nuit n’est pas une conseillère rassurante.

Demain n’existe pas, le présent est mien,
Je risque tant d’être déçue des jours prochains,
Je suis suffisamment sensée pour admirer,
Les beautés de la vie et me laisser tenter.

Mon cœur se fatigue par le culte du Beau,
Ma poitrine est en peine à la quête de mots,
Oh, Seigneur, ris-tu de cette soif qui m’assèche
Alors que l’eau coulant devant moi semble fraîche ?

Mon minuscule cœur doit battre pour toujours
Dans la splendeur des flammes engendrées par l’Amour,
Chaque jour qui défile est un mal infini
Si je ne m’entiche d’un homme à la folie.

Traduction de Amira Bentahar

Du texte pour aligner les 3 textes ensembles, mais invisible invisible

Prix de la musicalité

Rubaiyat

Une voix m’a parlé à l’aube ce matin
Adressant un message aux frivoles humains :
Hâtez vous de vider votre coupe de vin
Ne l’abandonnez pas à la main du destin

Va, ne te soucie pas du passage du temps
Ni des jours d’autrefois, ce n’est plus le moment,
Profite des douceurs que t’offre le présent
Car la nuit, tu le sais, est cruelle souvent

Qu’importe l’avenir, aujourd’hui m’appartient
Ils ne sont pas toujours riants les lendemains
Quand passe une beauté serais-je assez crétin
Pour ne pas la cueillir de l’œil ou de la main ?

A aimer la beauté mon cœur s’est consumé
J’ai tant à exprimer que je ne sais comment.
O Dieu, es-tu heureux de me voir assoiffé
Alors qu’autour de moi ruissellent des torrents ?

Mieux vaudrait que ce cœur se mette à palpiter
En se brûlant à la fournaise de l’amour
Il est vain, je le dis, de vivre une journée
Sans aimer, voila donc mon projet pour toujours

Traduction de Guy Rocheblave

Du texte pour aligner les 3 textes ensembles, mais invisible invisible

Prix de l'audace

Cette année, le prix de l'audace a été décerné ex-aequo à deux participants :

Pommard Khalsoum

J’entends crier au fond du cellier
C’est l’appel des dames-jeannes à nous ébrouer
À vos coupes, versez l’eau-de-vie,
Ou du calice vous n’aurez que la lie

Pour hier ne vous faites pas de mouron
Et sans doute demain n’y aura-t-il plus de Morgon
Goûtez les plaisirs dès à présent,
Car les nuits ne sont pas du genre clément

Aux lendemains ignorés, préférez la veille éprouvée,
À penser au jour d’après, vous ne serez qu’insatisfaits
Ne soyons pas de ces sots qui passent devant le fût sans le voir,
De ceux qui passent devant le cru sans le boire

À chérir le beau nos cœurs se sont fatigués
À l’inavouable nos poitrines se sont essoufflées
Mais Seigneur, cette soif est-elle bien tolérable
Quand tant de grands vins coulent à cette table ?

Laissons donc nos cœurs battre,
Que dans l’ardeur des passions ils folâtrent
Du temps, ne perdons pas ce laps,
Ensemble buvons, sifflons ce schnaps !

Traduction de Simon Corthay

Du texte pour aligner les 3 textes ensembles, mais invisible invisible

O KLM

Fin d’défonce dans la nuit, l’temps qui passe me chuchote
J’entends cette toute petite voix me dire : khey, khey, khey
Lève toi, mets du biff dans tes ches-po, frais, frais, frais
‘Tends pas d’killer ta vie, la main d’sheitan t’sirote

Emmerd’le temps qui passe, ouais, nananananèr
Le passé dans ta race, pour cte’bitch y’a pas l’temps
Vas-y fap, le kiff, le biff, la mif et maint’nant
Car la nuit tu ramasses, va pleurez chez ta mère

Le destin bien profond, aujourd’hui le million
Igo t’attends qu’on t’sauve, tu t’fais toujours défonce
La guapa sheitana, j’suis pas loco, t’es fonce
Pour n’pas la prendre chico dans mon coeur et dans son...

J’ai l’corazon cramé, j’ai trop cracké beauté
J’ai trop d’trucs à rapper, ‘tain, j’sais même pas comment
Toi l’Très-Haut, tu t’fais plaiz, à m’voir fonsdalle tellement
Alors qu’le flow flush fresh, téma autour d’mon teh

Y a intérêt, pour c’coeur de ice, d’s’mettr’à frapper
Dans l’four du love d’être to-to-totalement pété
Et wallah, prefère dailler que de s’faire un day
Sans s’enjailler s’toquer; vaut mieux toujours aimer

Traduction de Gwenda Frocrain

Du texte pour aligner les 3 textes ensembles, mais invisible invisible